avril 2026 Tendances 1er 4 min de lecture

1er arrondissement : la clientèle internationale est de retour, mais le marché ne lui fait plus de cadeaux

Le prix médian dans le 1er recule de 2,8 % sur un an au T1 2026, selon la note de conjoncture des Notaires du Grand Paris de mars 2026. Les acheteurs étrangers reviennent — mais sur un marché qui a cessé de les attendre.

Cédric Chaumet
Par Cédric Chaumet · LinkedInPrésident, FFCH SAS — Paris Off Market · Publié le 29 avril 2026
1er arrondissement : la clientèle internationale est de retour, mais le marché ne lui fait plus de cadeaux

9 420 euros le mètre carré. C'est le prix médian parisien intra-muros au T1 2026, selon la note de conjoncture des Notaires du Grand Paris publiée en mars 2026. Dans le 1er arrondissement, ce chiffre grimpe à environ 12 500 euros — en recul de 2,8 % sur un an. Un recul qui, sur ce micro-marché de 400 à 500 transactions annuelles, pèse différemment selon qu'on parle d'un deux-pièces côté Halles ou d'un appartement de réception avec vue sur la Cour Carrée du Louvre.

Le 1er n'est pas un marché homogène. Il ne l'a jamais été. Entre la rue des Bourdonnais et la rue de Rivoli, entre la place du Palais-Royal et les abords du Forum des Halles, les écarts de valorisation atteignent couramment 40 à 50 %. Les biens d'exception — entendez : étages élevés, double exposition, gardien, adresse Vendôme ou Palais-Royal — se négocient au-dessus de 15 000 euros le mètre carré, et les transactions les plus rares franchissent les 20 000 euros sur les adresses les plus fermées. Ce segment-là obéit à une logique distincte, portée en grande partie par une demande étrangère dont le retour progressif depuis fin 2024 structure les volumes sans pour autant soutenir les prix affichés.

Un volume en hausse, une pression sur les prix qui ne cède pas

À l'échelle parisienne, les chiffres du T1 2026 sont encourageants : selon les Notaires du Grand Paris, le volume de transactions atteint environ 8 200 ventes sur le trimestre, soit une hausse de 12 % par rapport au T1 2025. L'explication tient en grande partie aux taux. L'Observatoire Crédit Logement/CSA relevait en mars 2026 un taux moyen à 3,05 % sur 20 ans, contre 3,55 % un an plus tôt. Ce desserrement du crédit a mécaniquement réactivé une demande résidente qui s'était mise en veille en 2024. Mais dans le 1er, le crédit n'est pas le moteur principal. Les acquéreurs qui ciblent la rue Saint-Honoré ou la place Dauphine ne passent généralement pas par un courtier. Ils paient comptant ou mobilisent des structures patrimoniales qui rendent le taux directeur largement anecdotique.

Ce qui joue, en revanche, c'est la parité. Le dollar fort de début 2026 a mécaniquement renforcé le pouvoir d'achat des acheteurs nord-américains sur le marché parisien. Un appartement affiché à 2,4 millions d'euros dans le périmètre Palais-Royal représente aujourd'hui un effort sensiblement inférieur en dollars à ce qu'il représentait il y a dix-huit mois. Ce mécanisme de change est structurellement connu des négociateurs qui travaillent ce segment — il explique une partie des regains d'activité observés sans qu'aucune publication de marché récente ne les documente précisément. À ce stade, et en l'absence de données publiées en avril 2026 sur les profils acheteurs du 1er, il convient d'être explicite : les tendances décrites ici relèvent d'observations structurelles et de dynamiques de marché documentées sur plusieurs cycles, pas d'une statistique fraîche estampillée T2 2026.

Les prix affichés sur les portails donnent un repère, imparfait mais réel. Les annonces actives consultées sur SeLoger au moment de la rédaction de cet article — sans date de mise en ligne systématiquement renseignée par le portail, ce qui en limite la portée analytique — indiquent des prix demandés compris entre 12 600 et 13 900 euros le mètre carré pour des surfaces de 50 à 80 mètres carrés dans le secteur des Halles. Ces chiffres sont des prix affichés, non des prix de transaction. L'écart entre les deux, dans le 1er, oscille selon les Notaires du Grand Paris entre 5 et 9 % selon les typologies et les secteurs — ce qui place les prix effectivement payés entre 11 500 et 13 000 euros le mètre carré sur ce périmètre, cohérent avec le prix médian arrondissement de 12 500 euros publié en mars 2026.

Profils acheteurs : ce que le marché premium du 1er attire structurellement

Sur le segment au-dessus de 1,5 million d'euros, le 1er arrondissement attire trois grandes familles d'acheteurs étrangers dont la présence est documentée sur plusieurs cycles de marché, même si aucune statistique publiée au T1-T2 2026 ne ventile précisément les nationalités pour cet arrondissement spécifique.

Les acheteurs nord-américains — essentiellement américains, parfois canadiens — cherchent des appartements de caractère entre 80 et 150 mètres carrés, avec parquet ancien, moulures, hauteur sous plafond supérieure à 3,20 mètres. Le secteur Palais-Royal et les rues adjacentes à la place Vendôme concentrent l'essentiel de leur intérêt. Leur budget médian sur ce périmètre se situe entre 1,8 et 3,5 millions d'euros. Ils achètent souvent via des structures LLC ou des trusts, ce qui implique des délais de closing plus longs liés aux vérifications de conformité côté notaire — un point que les négociateurs du secteur intègrent désormais dans leurs estimations de délai de commercialisation.

La clientèle en provenance des pays du Golfe — principalement Émirats arabes unis et Arabie Saoudite — est présente sur ce marché depuis plusieurs cycles, avec une intensité variable selon le contexte géopolitique régional. Elle cible plutôt les surfaces au-dessus de 200 mètres carrés, les étages élevés avec terrasse ou les hôtels particuliers, des typologies dont l'offre dans le 1er est extrêmement contrainte. Cette rareté structurelle explique que ces acheteurs débordent fréquemment vers le 8e arrondissement ou vers le Triangle d'Or, où l'offre est légèrement plus fournie. Dans le 1er, leur présence est réelle mais épisodique — et leur capacité à accepter des prix au-dessus du marché sur des biens véritablement uniques crée des transactions atypiques qui faussent les moyennes si on les intègre brutes dans les statistiques.

Les acheteurs d'Asie du Sud-Est et de Chine continentale, très actifs entre 2015 et 2019, ont significativement réduit leur présence depuis. Les restrictions de transferts de capitaux imposées par Pékin à partir de 2017 n'ont jamais été totalement levées, et la prudence patrimoniale post-Covid a renforcé cette tendance. Ce segment reste présent mais à un niveau structurellement inférieur à ce qu'il représentait au pic du cycle précédent.

Délais et marges : ce que les chiffres disponibles permettent d'affirmer

La durée moyenne de commercialisation dans le 1er arrondissement s'établit autour de 70 jours pour les biens correctement positionnés, selon les données générales disponibles pour 2026 dans la note des Notaires du Grand Paris de mars 2026. Ce chiffre agrège l'ensemble du marché arrondissement — il ne reflète pas la réalité du segment premium, où les délais sont structurellement plus longs pour des raisons qui n'ont rien à voir avec une mauvaise commercialisation.

Un appartement place Vendôme ou rue de Castiglione ne se vend pas en 70 jours parce que l'acheteur cible est, par définition, rare. Il faut le trouver, souvent hors des portails grand public. Il faut gérer des délais juridiques spécifiques — due diligence internationale, structuration via des entités étrangères, parfois intervention de family offices qui ajoutent une couche de validation avant signature. Les professionnels qui travaillent ce segment estiment les délais réels entre 90 et 150 jours sur les biens au-dessus de 2 millions d'euros, mais cette estimation relève du retour terrain, pas d'une publication datée d'avril 2026. Elle est cohérente avec la structure du marché, sans être sourcée par un baromètre récent.

Sur les marges de négociation, la note des Notaires du Grand Paris de mars 2026 documente des décotes de 7 à 9 % sur prix affiché dans certains quartiers parisiens. Dans le 1er premium, la réalité est plus contrastée. Sur les biens rares — les vrais, ceux qui n'ont pas d'équivalent rue par rue — la marge de négociation reste inférieure à 3 %, parfois nulle quand plusieurs acquéreurs se positionnent simultanément. Sur les biens correctement positionnés mais sans caractère exceptionnel — un appartement de 65 mètres carrés bien rénové côté Halles, par exemple — la décote rejoint les moyennes parisiennes, entre 5 et 8 %. La distinction entre ces deux sous-segments est ce que les négociateurs du 1er doivent maîtriser avant tout argumentaire de prix avec un vendeur.

Le recul de 2,8 % sur un an documenté par les Notaires du Grand Paris ne signifie pas que le marché premium du 1er s'est effondré. Il signifie que le stock médian — les biens ordinaires de l'arrondissement — a subi la même pression baissière que le reste de Paris. Les adresses d'exception, elles, ne baissent pas : elles attendent. Et dans le 1er, elles peuvent attendre longtemps.

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